« Quel statut choisir ? » est la question que se posent presque tous les créateurs, et elle n'a pas de réponse universelle. Le bon statut est celui qui colle à votre projet : votre chiffre d'affaires attendu, vos charges, votre besoin de protection sociale, votre envie de vous associer un jour. Ce guide se concentre sur les quatre options les plus courantes quand on se lance seul : la micro-entreprise, l'entreprise individuelle au réel, l'EURL et la SASU.
Tous les chiffres viennent des fiches officielles d'Entreprendre Service Public, lues le 2 novembre 2026. Pour les voir côte à côte, ouvrez aussi notre comparatif des statuts.
Les six critères qui décident
La fiche officielle « choisir la forme juridique de votre entreprise » (mise à jour le 10 avril 2026) liste les éléments à prendre en compte. Nous les reprenons sous forme de questions :
- Seul ou à plusieurs ? Seul : EI (avec ou sans régime micro), EURL ou SASU. À plusieurs, il faut une société : SAS, SARL, SA…
- Quelle responsabilité ? En EI, le patrimoine professionnel est automatiquement séparé du patrimoine personnel. En SAS, SARL ou SA, la responsabilité des associés est limitée à leurs apports, sauf faute de gestion ou caution personnelle.
- Quelle gestion ? L'EI est plus simple : pas d'assemblée, pas de dépôt des comptes au greffe. Une société fait approuver ses comptes annuels dans les six mois de la clôture puis les dépose.
- Quel coût de création ? L'EI se crée sans statuts, sans capital et sans annonce légale. Une société paie l'immatriculation, la déclaration des bénéficiaires effectifs et une annonce légale.
- Quel régime social ? Micro-social, sécurité sociale des indépendants ou régime général des « assimilés salariés » : c'est souvent le critère le plus lourd.
- Quelle imposition des bénéfices ? Régime micro, régime réel à l'impôt sur le revenu, ou impôt sur les sociétés.
La micro-entreprise : simple, plafonnée
La micro-entreprise n'est pas une forme juridique à part : c'est un régime fiscal et social simplifié de l'entreprise individuelle. Ses règles 2026 :
- Plafonds de chiffre d'affaires : 203 100 € pour le commerce et l'hébergement, 83 600 € pour les prestations de services (BIC et BNC). Le régime est perdu si le plafond est dépassé deux années de suite (régime fiscal de la micro-entreprise, 13 mai 2026).
- Cotisations : un pourcentage du chiffre d'affaires encaissé. En 2026, 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services BIC, 25,6 % pour les professions libérales non réglementées hors Cipav, 23,2 % pour celles relevant de la Cipav (régime micro-social, 21 février 2026). Pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations.
- Impôt : un abattement forfaitaire est appliqué au chiffre d'affaires avant le barème de l'impôt sur le revenu : 71 % pour la vente, 50 % pour les prestations BIC, 34 % pour les BNC. Ou, sur option et sous condition de revenu du foyer, un versement libératoire de 1 %, 1,7 % ou 2,2 % du chiffre d'affaires.
- TVA : en franchise en 2026 tant que le chiffre d'affaires de l'année précédente ne dépasse pas 85 000 € (ventes) ou 37 500 € (services), d'après la fiche franchise en base de TVA.
Le point faible à connaître
Les charges réelles ne sont pas déduites : l'abattement est forfaitaire. Si votre activité demande beaucoup d'achats, de matériel ou de sous-traitance, le régime micro peut vous coûter plus cher qu'un régime réel. Et la micro-entreprise ne permet pas d'ouvrir son capital à des investisseurs.
L'entreprise individuelle au réel
C'est la même forme juridique que la micro-entreprise, mais avec une vraie comptabilité. On y arrive par choix (option pour le réel) ou par obligation (plafonds dépassés deux ans de suite).
- Impôt : le bénéfice réel (recettes moins charges) est soumis à l'impôt sur le revenu, en BIC ou en BNC. L'entrepreneur individuel peut aussi opter pour l'impôt sur les sociétés en étant assimilé à une EURL ; le taux est alors de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice et de 25 % au-delà (fiscalité de l'EI).
- Cotisations : calculées sur le revenu professionnel, c'est-à-dire les recettes diminuées des charges, selon la fiche cotisations sociales de l'EI. Les deux premières années, faute de revenu connu, les cotisations provisionnelles reposent sur une base forfaitaire de 19 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 9 131 € en 2026, et rien n'est payé pendant les 90 jours qui suivent le début d'activité (fiche forme juridique).
- Coût de création : 21,74 € pour une activité commerciale, 45 € pour une activité artisanale, gratuit en libéral (coût de création d'une EI).
L'EURL : la société de l'indépendant
L'EURL est une SARL à associé unique. Elle sépare clairement l'entreprise de son dirigeant tout en gardant un régime social d'indépendant.
- Capital : libre. Au moins 20 % des apports en numéraire sont versés à la création, le solde dans les cinq ans.
- Gérant associé : affilié à la sécurité sociale des indépendants, avec le statut de travailleur non salarié (cotisations sociales de l'EURL). En pratique, ses cotisations sont souvent prélevées sur le compte de la société et déduites de son résultat.
- Impôt : quand l'associé unique est une personne physique, les bénéfices entrent par défaut dans son impôt sur le revenu (BIC ou BNC), au barème progressif. L'EURL peut opter pour l'impôt sur les sociétés, avant la fin du 3e mois de l'exercice concerné (fiscalité de l'EURL).
La SASU : le président assimilé salarié
La SASU est une SAS à associé unique. Elle est appréciée pour sa souplesse et pour le statut de son dirigeant.
- Capital : libre. La moitié des apports en numéraire est versée à la création, le reste dans les cinq ans.
- Président : assimilé salarié, il relève du régime général. Ses cotisations sont celles d'un salarié cadre, sauf l'assurance chômage, à laquelle il n'a pas droit (cotisations sociales de la SASU). Service Public donne un ordre de grandeur : les charges sociales représentent environ 60 % de sa rémunération brute. S'il ne se rémunère pas, aucune cotisation n'est due.
- Impôt : la SASU est soumise à l'impôt sur les sociétés dès sa création (fiscalité de la SASU). Une option pour l'impôt sur le revenu est possible pour cinq exercices au plus, sous conditions, notamment avoir moins de cinq ans (impôt sur les sociétés).
SASU ou EURL : comment trancher
C'est la comparaison la plus recherchée, et elle se joue surtout sur la protection sociale du dirigeant :
| Critère | EURL | SASU |
|---|---|---|
| Régime social du dirigeant | Travailleur non salarié (gérant associé) | Assimilé salarié (président rémunéré) |
| Assurance chômage | Non | Non, sauf assurance privée facultative |
| Imposition par défaut | Impôt sur le revenu (associé personne physique), option IS | Impôt sur les sociétés, option IR limitée |
| Capital versé à la création | Au moins 20 % des apports en numéraire | Au moins 50 % des apports en numéraire |
| Coût d'immatriculation | 33,83 € + 19,33 € (bénéficiaires effectifs) + annonce légale | |
Sources : tableau comparatif officiel et coût de création d'une société. Le président de SASU bénéficie d'une protection proche de celle d'un salarié (hors chômage), pour un coût que Service Public situe autour de 60 % de sa rémunération brute ; le gérant d'EURL cotise comme indépendant, sur son revenu professionnel. Le bon arbitrage dépend de votre niveau de rémunération et de la part de bénéfice que vous laisserez dans la société : c'est le calcul à faire valider par un expert-comptable, chiffres en main.
Dans les deux cas, l'Acre peut s'appliquer si vous exercez le contrôle effectif de la société, par exemple en détenant plus de 50 % du capital dont au moins 35 % à titre personnel (fiche Acre).
Trois profils, trois réponses
Vous testez une activité de services, seul, avec peu de charges
La micro-entreprise est le point de départ logique : gratuite à créer, cotisations proportionnelles à ce que vous encaissez, comptabilité allégée. Surveillez le plafond de 83 600 € et le seuil de franchise de TVA de 37 500 €.
Vous achetez beaucoup (stock, matériel, sous-traitance)
L'abattement forfaitaire de la micro peut être inférieur à vos charges réelles. L'entreprise individuelle au réel ou une EURL vous permettent de déduire ce que vous dépensez vraiment.
Vous comptez vous associer, lever des fonds ou vous verser un salaire régulier
Une société s'impose. La SASU est une SAS à associé unique : elle peut accueillir des associés sans changer de cadre, et son président relève du régime général.
Le comparatif des quatre statuts en un tableauAvec le simulateur de cotisations micro aux taux 2026. ComparerDernier conseil : le statut n'est pas un choix définitif. Service Public le rappelle, la forme juridique peut être modifiée en cours de vie. Mieux vaut démarrer dans un cadre simple et adapté qu'attendre le statut parfait.
Sources
- Création d'entreprise : choisir la forme juridique de votre entreprise, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 10 avril 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Régime fiscal de la micro-entreprise, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 13 mai 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Régime micro-social, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 21 février 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Franchise en base de TVA, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 1er janvier 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Fiscalité d'un entrepreneur individuel (EI) : ce qu'il faut savoir, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 21 février 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Cotisations sociales d'un entrepreneur individuel : ce qu'il faut savoir, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 2 juin 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Fiscalité de l'EURL : ce qu'il faut savoir, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 21 février 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Cotisations sociales d'une EURL : ce qu'il faut savoir, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 21 février 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Fiscalité de la SASU : ce qu'il faut savoir, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 21 février 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Cotisations sociales d'une SASU : ce qu'il faut savoir, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 21 février 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Impôt sur les sociétés (IS) : taux, déclaration, paiement, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 17 février 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Quel est le coût des formalités de création d'une entreprise individuelle (EI) ?, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 18 mars 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Quel est le coût des formalités de création d'une société ?, Entreprendre Service Public, page mise à jour le 18 mars 2026. Lu le 2 novembre 2026.
- Aide à la création ou à la reprise d'une entreprise (Acre), Entreprendre Service Public, page mise à jour le 1er juillet 2026. Lu le 2 novembre 2026.
La rédaction d'Esprit d'audace. Chaque taux, plafond, montant ou délai cité vient d'une page officielle listée ci-dessus. Ces repères ne remplacent pas l'avis d'un expert-comptable ou d'un conseiller.



